Pour la collection « Ma nuit au musée », Maria Pourchet a choisi le Musée des Arts Décoratifs de Paris. Pourquoi ? À cause de tous les lits qu’on y trouve et des secrets qu’ils avaient à livrer. De cette nuit passée seule dans les collections du Pavillon de Marsan naît, pour une fois, un texte purement imaginaire. Traversant cinq chambres où surgissent tour à tour cinq femmes d’une même lignée, De beaux draps dresse une histoire intime du XXᵉ siècle : l’histoire de l’étreinte et du désir, implacablement liée à celle de la violence et de la domination. De Luce, 16 ans en 1905, dont la condition de domestique suppose des services sexuels, à Marie, farouche et railleuse adolescente des années 90, en passant par Violette la brodeuse syndicaliste, Clotilde l’étudiante boursière et Betty la victime d’un gourou seventies, Maria Pourchet construit une généalogie de femmes reliées par les mêmes spectres accompagnateurs, la même expérience : celle de subir, feinter, puis peu à peu reprendre possession de son corps, de son intimité.
De sa joie. Pour chacune de ces femmes, l’autrice livre une fiction bouleversante subtilement documentée par l’histoire sociale des mœurs et de la sexualité : théories hygiénistes et peur de la syphilis en 1903, contraception clandestine et double morale bourgeoise, transformation du regard sur les corps au gré des guerres mondiales, syndicalisme des ouvrières dans les années 20, injonctions contradictoires de la libération sexuelle des années 70, médicalisation de la sexualité adolescente dans les années 90. Cette « Nuit au Musée » peut ainsi se lire comme une histoire sociale du contrôle, puis de la libération progressive, et toujours à reconquérir, du corps des femmes. Les hommes, et en creux une certaine histoire de la virilité, s’y révèlent aussi en contre-point offrant un tableau saisissant des tourments à la fois politiques et physiques du siècle. De beaux draps est un texte redoutable, à la fois drôle et profond, sexy et savant, qui articule un dispositif romanesque singulier, une langue hors norme, et une réflexion fine et puissante sur la transmission, le corps, et l’émancipation féminine - porté par une autrice dont chaque parution constitue déjà un évènement.
L’AUTEURE :
Maria Pourchet est écrivaine. Elle est notamment l’autrice de Rome en un jour (2013), Toutes les femmes sauf une (prix Révélation de la SGDL 2018), Feu (2021), Western (prix de Flore 2023) et Tressaillir (2025).



